Les tribulations d'un barman #2

« Breaking News » digne de BFM TV les gars :
Le Barman Vous Déteste.

Bien sur, nous sommes tous d’accord pour dire que cette phrase est destinée aux clients. Tous les clients. Sans exceptions. Nous avons aussi tous un large sourire intérieur quand, tournant le dos à la salle pour saisir une bouteille de prémix périmé, nous laissons apercevoir au client égaré l’inscription qui s’étale sur le dos de notre Tee-shirt "Le Barman vous Déteste".
 
Mais pourquoi ?
 
Pourquoi diiaaable tout le monde semble penser que cette phrase…
...ne s’adresse qu’aux clients ?

Demandons à Larousse au premier rang (si, si, je viens de faire cette blague) :
- Larousse : « ’Vous’ représente un groupe de personnes à qui l'on s'adresse ou bien la personne à qui l'on s'adresse ».
En gros, « vous », c’est tout le monde sauf moi. La terre entière, quoi. Et la terre entière, de mon point de vue immédiat, c’est…
 

1. La serveuse.

Ou le serveur, hein. Ici, pas de discriminations, l’embauche est déjà faite.
La serveuse donc, le serveur, le commis, c’est du pareil au même à mes yeux, comme à ceux d’un cuisinier momifié dans une ribambelle de bons de commande.

 
Ils « envoient » tout en même temps et laissent refroidir les double latté et les cappuccinos sur le bar. Ils sont tous frappés d’Alzheimer juvénile et sont au nombre de quatre en salle, alors que toi, t’es seul derrière ton bar comme un blond en Irlande.
Il faut les comprendre : ils sont lents comme un unijambiste ivre. Cette lenteur te force parfois à prendre ton inspiration, mettre ta combinaison spatiale et faire les trois pas qui te séparent du vide intersidéral pour apporter une commande en salle. Et ça, ÇA,
 
ÇA c’est pas possible. 
En plus, cracher ton fiel sur les serveurs te rapproche des cuistots. Rien de mieux que de médire ensemble pour devenir copains, c’est probablement l’unique chose commune à tous les boulots de la terre. Et si le serveur ne sert (à) rien, un cuisinier te nourrit. Choisis ton camp avec soin.

2. Le client.

AHHHH BONNNN ?
Évidemment. Ça ne devrait même pas se préciser. D’ailleurs, ne le précisons pas.
 
Le mieux ici, c’est encore l’ignorance crasse, le service péremptoire et sans un mot du shot made in « récup du liquide qui stagne dans le tapis de bar ». Tout est dit.

3. Le barista. 

Le barista n’est pas un barman.
Tout est dit.
Ce n’est pas moi qui le dit d’ailleurs, c’est lui.
 
 
Et il en est fier. C’est sans aucun doute possible pour cela qu’on le déteste, d’ailleurs. Avec sa balance de dealer de coke, son espresso qui sera prêt demain et sa passion invétérée pour les machines à café rutilantes, il rassemble tous les critères pour être invité à un dîner mercredi soir.
 

4. Mon prochain a une moustache digne d’un mousquetaire, la peau couverte d’encre et le corps couvert d’un tablier en cuir.

Tu vois pas ?
That guy.
 
 
Ouhhhhh yeah .
Notons d’abord que les copies sont tellement conformes qu’en tapant « mixologiste » dans un site de Gif, je suis tombé sur un type avec une moustache, un tablier en cuir, et sans doute, des tatouages.
Bref.
Le mec qui nous fait tous passer pour des analphabètes du shaker, en nous jetant un regard compatissant digne d’un surfeur blond australien. Et qui, après cinq minutes de questions techniques pour souligner son savoir, te commande un whyskey-coca avec un air plus hautain qu’un empereur.
 
 
Tout cela parce qu’il considère qu’avec 0,02 cl de vermouth rouge en trop, ou l’absence de solution saline dans ton cocktail, t’es pas du métier. Ou pas digne de respect. Ou pas digne.
Alors que lui-même, dans le rush, en fout partout. On le sait tous, le rush ne ment pour personne. Beaux joueurs, on ne dit rien.
Va donc t’étouffer avec tes garnitures saupoudrées d’une pluie de la dernière épice un peu à la mode sur Pinterest.

5. Les gens qui ont une idée brillante en soirée.

Ceux qui te disent, alors que vous faites connaissance :
-ahhh, mais t’es barman ! Tu dois suuuuuper bien faire les cocktails !

Premièrement, il est toujours désagréable d’avouer qu’on fait surtout bien les...vodkas-pomme et les jagerbomb. Ou qu’on les fait surtout très vite. Sauf qu’à ce moment personne n’est pressé. Et pour un peu que la personne qui a eu cette brillante idée soit votre crush de la soirée, vous êtes vite obligés de vous mettre au taf en pleine soirée...du lundi, évidemment. #barmanlife.


6. Bonus pour ceux qui n’ont pas d’humour.

Parce que maintenant, j’imagine qu’ils me détestent aussi..
 
 
Merci à Ariel Littel, aka Tribulation d'un barman, pour cet article
08/08/2019 14:48
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